Police des mœurs

Heureux d’annoncer la sortie DVD de mon film Naked War aux Éditions Montparnasse, mais désolé de constater une situation politique aggravée.

Ça parait loin aujourd’hui, mais le temps de la chronologie des médias n’est pas celui du monde. En repensant au tournage de ce film (en 2012) j’ai comme une sorte de vertige ; c’est peu dire que les dispositifs sécuritaires auxquels il se confrontait n’ont cessé de se durcir, et leur champ d’application de s’étendre. À l’inverse ce serait beaucoup dire d’affirmer que leur dimension “Police des mœurs” à disparu. Les seins nus revendiqués par les Femen, qui avaient été jugés à l’époque «contraires aux valeurs républicaines» par le premier ministre Manuel Valls, ont pu être opportunément considérés comme symboles des valeurs en question, par le même intéressé trois ans plus tard, pour alimenter la polémique lancée par la Droite au sujet du “Burkini”.
S’il y a indubitablement une constante, c’est de faire du corps des femmes le champ de bataille des fameuses «valeurs républicaines», et tant pis pour le risque qu’à force d’en tordre le sens il n’en reste rien à la fin.

Dans mon film Naked War apparaissait déjà cette convergence des élites politiques de tous bords qu’on connait aujourd’hui quand se présente une occasion de se servir de ces «valeurs» à des fins identitaires.

Or malheureusement, mon impression persistante, de 2012 à aujourd’hui, c’est que le glissement sécuritaire est le complément obligé de ces discours ; l’autorité de l’État se fragilise à mesure que les discours sur l’identité remplacent l’action politique concrète pour l’égalité de toutes et tous, et le «récit national» est alors tellement loin de la réalité qu’il a besoin du concours de la force publique pour se maintenir.

Joseph Paris